theatre_comique_parisAide-moi à comprendre la situation à Paris décrite dans l’article “Être comédien à Paris: les sombres coulisses des petits théâtres parisiens:

les artistes payent des salles non-subventionnées pour se produire, la proportion payée est telle qu’ils ne peuvent pas en vivre, voire même qu’ils s’endettent, juste?

Je comprends les frustrations de jouer et de ne pas pouvoir payer ni son sandwich, ni son ticket de métro. Je connais la situation parceque j’y ai été confronté, et que je n’en suis toujours pas à l’abri.

De plus, ayant lu les commentaires sous l’article , je suis conscient du sens du poil à caresser pour complaire à bon nombre d’artistes…pourtant, je ne le ferai pas car il y a beaucoup, je crois, de méconceptions sur le métier.

Même s’il est vrai que la situation d’artiste n’est pas facile, je crois qu’il vaut mieux clarifier la situation plutôt que de continuer à alimenter des illusions contre lesquelles beaucoup d’artistes se cassent les dents.

1. Rien n’est gratuit

2. Personne ne te doit rien

3. Personne ne t’oblige à jouer dans ces salles: certainement nombre de salles profitent de leur position dominante, néanmoins je suis sûr que certaines ont à coeur leur rôle. Ne reproche pas à une salle d’essayer de faire face à ses frais (matériel, personnel, frais de fonctionnement,…) pour continuer à offrir son espace à d’autres spectacles. Par définition, si tu signes avec une salle, tu ne peux pas être victime, vu que c’est une situation consentie.

4. La loi de l’offre et la demande: il y a plus de compagnies prêtes à jouer que de salles. Donc joueront ceux qui sont prêt à payer le plus. Si tu deviens connu, tu feras également monter le prix des places. C’est logique. D’autre part, si tu as déjà un spectacle rôdé, vois si l’investissement vaut la peine, cela exige réflexion. Que cela te plaise ou non, rappelle-toi que le facteur clé pour être intéressant à une salle privée (non-subventionnée) est d’être rentable bien avant que de savoir que tu aies un spectacle de qualité. Rentable déjà ne fût-ce que pour survivre.

5. Ton objectif est important. Quel est-il? gagner ta vie? Rôder un spectacle? te donner à connaître (visibilité)? le présenter devant de possibles clients? Te constituer un base de fan? Te dédier à ta passion? Regarde en face la situation: dans une ville où il y a une surabondance de spectacles, à moins que la salle ne t’achète le spectacle, l’objectif de gagner de l’argent pour en vivre me paraît bien mince.

6. Si tu veux en vivre, ton art devient ton “business”

La vie d’artiste n’est certes pas facile, néanmoins c’est une vie choisie (même si tu ne penses qu’à cela). À partir du moment où un choix est posé, la notion de l’assumer est importante. Sinon il y a toujours la possibilité de te dédier à ta passion comme « amateur » et non comme « professionnel”. Le terme “professionnel” signifie juste que tu en vis, ni plus, ni moins. Un amateur peut être bien plus efficace sur scène qu’un professionnel. Si tu veux vivre de ta passion, tu dois apprendre à la gérer tel un business. N’y vois dans ce mot aucune connotation négative. Tu es un artisan et pour vivre tu dois “vendre” ton art.

Autrement dit:

Lorsque tu es sur scène, joue avec passion, lorsque tu dois « bouger » ton spectacle gère-le comme un imprésario. Si tu sors d’une formation artistique et monte ta nouvelle compagnie, à moins que tu te considères comme supérieur à d’autres formations tel que des études de commerce ou de plomberie, tu dois t’organiser pour vivre de ton outil qu’est ton art. C’est ce que doivent faire les autres. Pourquoi en serait-il autrement pour toi?

Ne crois pas que d’autre professionnels n’ont pas la passion pour leur métier, ni que ta passion vaille plus que celle d’un autre…y-a-t-il plus de saints ou de personnes moralement supérieures dans le monde artistique? Je ne crois pas.

À Barcelone, à échelle moindre, la situation est semblable à celle de Paris. Certaines salles font du 50-50, d’autres demandent un « minimum garanti »  ou encore un budget « communication » pour les plus importantes. Un avantage peu avouable certe, est qu’il y a une certaine marge prise au niveau des obligations sociales. Inconvénient par rapport à la ville des lumières : le public n’est pas aussi éduqué qu’à Paris et son budget est beaucoup moindre.

Quelles sont les alternatives à cette situation?…Tout dépend de ton objectif.

Ce que les salles doivent par contre apprendre, c’est de fidéliser leur propre public. Cela leur permettra d’une part, d’être plus rentables et d’autre part, cela les rendra beaucoup plus attractives pour les compagnies. Parcequ’enfin de compte, leur structure de business ressemble plus à une location de salle. Leur client étant les compagnies et non les spectateurs. Aussi, elles doivent s’assurer d’offir de la valeur à leur clients en les aidant à atteindre leur objectifs..

Mon conseil: joue avec ton coeur, et bouge avec ta tête. Rappelle-toi que d’avoir la possibilité de décider de comment gagner ta vie est un privilège. C’est une chance qui demande d’être assumée. Clarifie ton objectif et utilise ta créativité pour l’atteindre.